Disparitions dans les pensionnats : un groupe de l’ONU retarde sa visite au Canada
Un organisme des Nations unies chargé d'enquêter sur les cas de disparitions forcées reporte sa visite au Canada en raison d’un manque de financement. Les défenseurs des Premières Nations espèrent toutefois que le groupe viendra bientôt enquêter sur les décès d’enfants dans les pensionnats. Mme Debassige, qui représente 39 Premières Nations en Ontario, avait écrit en août 2024 au groupe de travail de l’ONU sur les disparitions forcées ou involontaires pour l’inviter à venir au Canada et attirer l’attention internationale sur ce dossier. Mais ce que la cheffe ignorait, c’est que le groupe avait déjà demandé à visiter le Canada – une demande faite en février 2024 – et qu’Ottawa y avait donné son accord le 24 octobre 2024, selon le site web de l’ONU. La période de visite prévue s'étend entre juin 2025 et juin 2026. Cela représenterait Linda Debassige, grande cheffe de la Nation Anishnabek. (Photo d'archives) Photo : Avec la permission de Anishinabeknews.ca La présidente du groupe de travail a indiqué à CBC Indigenous que la visite est suspendue, car l’ONU a dû réduire le nombre de missions qu’elle peut mener dans les pays. L’ONU a exposé sa Steve Lands, coordonnateur du Projet Wiikwogaming Tiinahtiisiiwin, initié par la Première Nation de Grassy Narrows pour enquêter sur l’ancien pensionnat de McIntosh, dans le nord-ouest de l’Ontario, estime qu’il serait important que le groupe de l’ONU visite des lieux comme celui-ci pour voir de leurs propres yeux. L’an dernier, le projet a localisé 114 sites d’inhumation non marqués sur le terrain, dont 106 se trouvent dans le cimetière historique. On sait que 166 personnes y sont enterrées, alors les recherches se poursuivent, a expliqué Aaron Mior, responsable technique du projet. Le pensionnat pour Autochtones de McIntosh, situé dans le district de Kenora, dans le nord-ouest de l'Ontario, a été fondé en 1925 par des missionnaires catholiques. Photo : Archives de la Société historique de Saint-Boniface, Collection générale de la SHSB, SHSB 1424 Kimberly Murray, ancienne interlocutrice fédérale spéciale sur les enfants disparus et les tombes non marquées dans les pensionnats, a remis son rapport final en octobre 2024, quelques jours seulement après que le Canada eut accepté la demande du groupe de travail de l’ONU. Pourtant, Mme Murray affirme que les responsables fédéraux ne lui ont jamais parlé de cette possible visite, même si elle a soutenu que ces enfants avaient été victimes de disparitions forcées par l’État, ce qui constituerait un crime contre l’humanité. Elle a aussi rencontré des ministres un mois après le dépôt de son rapport final, mais là non plus, aucune mention de cette visite. Mme Murray pense avoir été tenue à l’écart pour éviter que le sujet fasse trop de bruit. Dans une déclaration, Affaires mondiales Canada a rappelé que le pays maintient depuis 1999 une invitation permanente pour les procédures spéciales de l’ONU. Gabriella Citroni, la présidente du groupe de travail, a précisé que le Canada sera informé des sujets à traiter et des lieux à visiter une fois que la planification aura atteint un stade plus concret, ce qui n’est pas possible pour l’instant. Elle a toutefois ajouté qu’il serait raisonnable de considérer que, si le groupe visite le pays, les enfants disparus liés aux pensionnats seraient un sujet d’intérêt, en citant l’attention que d’autres entités onusiennes ont déjà portée à des questions similaires. Elle a notamment mentionné une lettre d’allégation envoyée au Canada en 2021, qui exprimait des préoccupations concernant le manque de progrès dans la mise en œuvre du rapport final de l’Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées. D’après un texte de Brett Forester, de CBC IndigenousLe report de la visite est non seulement une déception, mais un retard de plus dans la prise en compte de problèmes systémiques bien réels
, a déclaré Linda Debassige, grande cheffe de la Nation Anishnabek. Les disparitions de ces enfants constituent une question permanente de droits de la personne, affectant les familles et les communautés
, disait sa lettre.énormément
pour beaucoup de gens, ajoute Mme Debassige. Ce n’est pas seulement à propos de moi; c’est à propos des survivants et de leurs familles
, a-t-elle dit. Ce n’est que récemment que la vérité a commencé à émerger.

La visite n’est probablement pas pour bientôt, principalement à cause de la crise de liquidité générale à l’ONU
, a écrit dans un courriel Gabriella Citroni, professeure de droit international des droits de la personne à l’Université de Milano-Bicocca.crise financière grandissante
en mai 2025, mentionnant notamment un déficit de 2,4 milliards de dollars en cotisations impayées par ses États membres. Le principal responsable est les États-Unis, qui doivent environ 1,5 milliard de dollars et ont suspendu leurs paiements dans le cadre de réductions budgétaires.Une visite attendue
C’était très enthousiasmant pour nous d’apprendre que l’ONU viendrait, car l’ONU a beaucoup de poids
, a déclaré M. Lands, lui-même survivant de l’établissement de McIntosh.Je pense que toute l’équipe serait favorable à ce que l’ONU vienne visiter McIntosh.
Je pense que c’est une bonne chose qu’un organisme indépendant vienne donner son avis et sa perspective sur ce qu’il observe, en comparaison avec d’autres atrocités ou situations similaires dans le monde
, a-t-il affirmé.
Ottawa discret sur la visite
Ils n’ont jamais rien mentionné à ce sujet lors de la clôture, quand le ministre de la Justice a pris la parole
, a dit Kimberly Murray, professeure de droit à l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario.Je pense qu’ils veulent garder cela discret, qu’ils ne veulent pas que le public et les communautés autochtones sachent que le groupe de travail souhaite venir au Canada enquêter sur d’éventuelles disparitions forcées
, a-t-elle affirmé.Le Canada accueille favorablement les occasions de dialogue qui peuvent nous aider à mieux mettre en œuvre nos obligations en matière de droits de la personne
, a écrit la porte-parole Dina Destin.
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